Écologie / Destination résilience Portrait

Rencontre avec Evelyne Adam, fondatrice de Kerterre

À la rencontre des ambassadeurs et ambassadrices de la résilience.

Depuis plus de 25 ans, Évelyne Adam questionne le positionnement de l’humain dans son environnement par l’expérimentation. Ancienne professeure de piano, elle s’emploie à bâtir des kerterres et à transmettre les concepts de ces constructions écologiques associant discrétion et présence consciente de leur habitant dans le paysage.

Peux-tu nous raconter ton parcours ?

J’ai construit ma première kerterre il y a 25 ans. J’étais professeure de piano, je donnais des cours aux adultes et aux enfants.

Ma première richesse retrouvée fut de moins travailler, ce qui m’a permis de continuer mes recherches pour l’Impact Bonifiant. L’humain est limité par deux peurs principales : celle de ne pas manger et celle de ne pas être logé. Une fois libéré de ces deux peurs, on est plus libre. Après avoir compris cela, je suis partie à la chasse aux habitudes et j’en ai choisi certaines et pas d’autres.

Une fois lancée dans ce processus, une nouvelle roue de pensée s’enclenche, les habitudes les moins agréables ont fait place à une nouvelle abondance : la richesse temps, une maison plus chaude, faite de chanvre et de chaux, l’électricité solaire, etc.

La richesse temps alliée à l’enthousiasme de choisir sa vie, m’ont permis de créer et de poser des actes plutôt que d’essayer de convaincre à une époque où les prises de conscience étaient moindre. Grâce à cette richesse temps retrouvée, les gestes quotidiens peuvent devenir bonifiants, on entre dans la véritable roue de la nature. Retrouver la richesse de l’enthousiasme créatif permet ce déclic, qu’il faut pour commencer d’autres automatismes.
J’ai revu ma façon de manger : le matin je m’assois sur un arbre, je nourris mon nez, mes oreilles, puis je vais manger en buvant une tisane de plantes que j’ai cueillies autour de moi plutôt qu’un café venu de loin.
Je suis comme dans un nouveau pays : c’est passionnant, je dois tout réinventer.

Parle-nous de ce que tu appelles “l’impact bonifiant”

L’impact bonifiant, c’est considérer que je suis aussi une partie de la nature, mais que j’ai cette capacité de créer ce petit “plus” de faire du beau, du luxe de l’abondance. Je ne me met pas hors-société. Des gens se sont mis à l’écart de la société et sont tous revenus, cela ne fonctionne pas. Au lieu de se mettre en-dehors, je suis restée au milieu et j’ai proposé sans rien dire, en faisant. Il s’agit d’insuffler, de montrer, de proposer, pas de dire ce qu’il faut faire.

Les personnes qui suivent nos formations aujourd’hui sont de tous horizons. Je vois même beaucoup de personnes de ma génération, ce qui était impensable il y a 25 ans, face à une société qui ne comprenait pas les enjeux planétaires.

On parle beaucoup du “monde de demain” : à quel monde est-ce que tu rêves ?

Pour ceux qui commencent, je pense qu’il ne faut pas essayer de convaincre : il faut faire, c’est tout. Il ne faut pas systématiquement chercher l’estime de ceux qui ne comprennent pas. Oser ses choix, passer à l’acte maintenant, ne pas se contenter de débattre, réaliser des micro-actes géniaux : c’est ce qui mène à ce que j’appelle non pas la “simplicité”, mais un grand luxe nouveau, avec une vie plus créative, enthousiasmante.

Je souhaite que le monde des troupeaux cesse et que chacun affirme sa vérité, sans pour autant l’imposer. C’est difficile, nous sommes très formatés et avons tendance à mettre les personnes dans des cases, mais c’est possible. Kerterre, c’est un lieu assemblé de gens différents.

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