Rencontre avec Aneta Sidor, fondatrice de l’épicerie zéro poubelle « À la Source »

À la rencontre des ambassadeurs de la résilience.

Écologie

Entrepreneuse, Aneta a fondé l’épicerie locavore zéro poubelle À LA SOURCE, dans le 3ème arrondissement de Lyon. Anciennement responsable RH, elle a d’abord emprunté la route du minimalisme, puis a prolongé sa démarche dans un engagement professionnel au service du local et du “zéro poubelle”.

Peux-tu nous raconter ton parcours ?

J’ai commencé mon virage en 2014. J’étais responsable RH pour des groupes industriels. J’aimais ce métier, mais j’ai eu deux déclics au cours de cette année. D’abord dans ma vie : pendant un déménagement, j’ai perdu toutes mes affaires personnelles et cela m’a poussée à devenir minimaliste à ce moment-là. À cette époque, je mangeais déjà des produits issus de l’agriculture biologique et j’étais végane, mais j’ai cherché à radicaliser ma démarche (sur les déchets, le local, etc.) et je me suis alors rendue compte qu’il y avait peu d’offre pour les consommateurs.

En parallèle, professionnellement, la politique de mon entreprise ne me convenait plus et je me rendais compte que j’étais assez bien payée pour ne pas faire grand chose. J’ai choisi de partir et à ce moment, j’ai été chassée par une entreprise qui faisait du verre en Normandie, mais après avoir passé pas moins de 9 entretiens pour ce poste, j’ai réalisé que ce système n’était définitivement pas pour moi. J’ai alors décidé de me mettre à mon compte.

Revenue à Lyon en 2015, j’ai été inspirée par mes rencontres dans le milieu associatif écologiste de Lyon : Anciela, Zéro Déchet Lyon, Mouvement de palier, etc., ainsi que par mes visites en centres tri, de recyclage, de compostage, etc. Voir ces lieux, où un camion qui arrive toutes les x minutes, permet de prendre réellement la mesure de ces gigantesques machines ; c’est autre chose que de seulement savoir que cela existe.

Après toute cette observation, j’ai réalisé que les entreprises devaient faire quelque chose. Ainsi, d’un projet d’épicerie vrac, je suis passée à un projet d’épicerie radicalement 0 déchet. C’est ainsi qu’est née, fin 2017, À LA SOURCE, “l’épicerie locavore zéro déchets”, une entreprise qui met l’accent sur l’autonomie et le travail d’équipe dans l’épicerie, sur le circuit-court et bien entendu, sur la réduction des déchets à la source.

« À la Source » ce n’est pas qu’une épicerie : quels sont les enjeux derrière ce projet ?

J’ai compris que les entreprises étaient très difficiles à changer. Pourtant, la société pourrait évoluer beaucoup plus vite si les entreprises étaient moins réfractaires. Je me suis aussi rendue compte qu’il y avait en fait très peu de réel 0 déchet, qu’il y avait toujours une faille dans la chaîne, des démarches qui n’allaient pas jusqu’au bout. De notre côté, nous faisons du “zéro poubelle”.

Nous travaillons en lien avec les producteurs, pour que la démarche soit complète du début à la fin de la chaîne. La relocalisation est un enjeu très important pour nous, de même que la cohérence avec ce que l’on demande au consommateur.

En parallèle, pour montrer aux consommateurs ce que cela implique, nous faisons des vidéos, des publications pour influencer les mentalités. Je suis partisane d’un discours plus politique, qui permet de défendre notre posture. Mais je sais qu’en termes de communication, il faut faire de tout : certains préfèrent les positions moins affirmées et d’autres non.

Au fil du temps et de ce travail de transmission, mon troisième constat a été de voir que beaucoup de futurs entrepreneurs se dévalorisent et ne cherchent pas à aller loin dans la démarche, s’en sentant incapables. C’est pourtant possible, c’est aussi ce que l’on cherche à transmettre.

On parle beaucoup du « monde de demain » : à quel monde est-ce que tu rêves ?

Une société avec plus de transparence à tous les niveaux, qui ne se concentre pas sur un unique objectif, et qui se fixe des objectifs positifs.
Comment être plus résilient dans cette société qui nous facilite la vie ? Qui, aujourd’hui, veut faire pousser ses petits pois, fabriquer ses propres outils, etc. ? On cherche à aller au plus simple et au plus rapide. Je pense que certes, il faut simplifier les choses pour le consommateur, mais en contrepartie il faut le guider pour qu’il agisse. L’impliquer dans la prise de décisions, participer ensemble à des groupes de travail pour influencer le cour des choses, etc., c’est un modèle auquel j’aspire.

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