"Pobjeda" 04.01.2015 Le Monténégro c’est un roman d’amour entre l’histoire et la Géographie
"Pobjeda" 04.01.2015 Le Monténégro c’est un roman d’amour entre l’histoire et la Géographie

Prince Nicolas Petrovic Njegos sur la rélation de Monténégrins avec sa nature

POBJEDA: Une fois vous avez dit qu’au Monténégro « il n’y a pas de consensus sur l’idée de l’état écologique». Est-ce que la situation a changé entre-temps?
PRINCE NICOLAS: Je ne pense pas que la situation ait fondamentalement changé, même si l’on constate dans les jeunes générations l’éveil d’une plus grande conscience écologique. La crise économique et sociale ainsi que les difficultés quotidiennes ont occulté le projet d’un état écologique qui reste néanmoins de mon point de vue la meilleure, solution pour assurer la richesse du Monténégro. Non pas la richesse matérielle telle que beaucoup d’entre nous la rêvent et qui fait déjà partie du passé mais celle qui est à construire dans le monde de demain en harmonie avec la Nature et dans lequel la qualité de la vie sera le critère principal du développement.

POBJEDA: Nous entendons souvent dire que les Monténégrins n’ont pas de conscience écologique, qu’ils ne sont pas conscients de la richesse (naturelle) que nous possédons. Quelle est votre impression? Que suggéreriez-vous (conseiller) à chaque citoyen du Monténégro?
PRINCE NICOLAS: Pourtant, la plupart des Monténégrins que j’ai rencontrés aiment la nature et sont attachés aux paysages auxquels ils appartiennent. Je pense comme je viens de le dire que les difficultés économiques d’une part, le découragement après l’éclatement de la Yougoslavie et les promesses non tenues de la transition d’autre part, ont provoqué chez beaucoup de nos concitoyens un sentiment de « sauve qui peut » qui entraîne une perte de valeurs et autorise toutes sortes de transgressions. Après 50 années de communisme, c’est désormais l’individualisme qui domine et les notions de patrimoine, de bien commun et d’espace public passent au second plan.
Cela représente un grand danger pour la préservation de notre patrimoine naturel qui, comme vous le dites, représente la principale richesse de notre pays. Pour pouvoir préserver cette « Beauté Sauvage » que nous vantons tellement, il faut justement être particulièrement civilisé.
J’ai l’impression aujourd’hui qu’une majorité de nos compatriotes est consciente de cela mais manque l’énergie d’un projet collectif.
Pour moi, aimer son pays c’est avant tout aimer ses montagnes, ses forêts, ses rivières, ses lacs, ses paysages, c’est aimer et respecter les hommes et les animaux qui y vivent, c’est prendre soin des arbres et des plantes et de cette terre qui nous nourrit tous.
Pour cela il existe des lois dans notre pays encore faut-il qu’elles soient respectées.
Pour cela, il faut éduquer nos enfants mais également sensibiliser leurs parents.
Pour cela, il faut que nous orientions notre économie vers le développement durable : agriculture biologique, éco-construction, énergie renouvelable, recyclage des déchets, nouvelles technologies.
Beaucoup d’initiatives privées ou publiques sont en cours dans ce domaine mais cela reste minoritaire et nettement insuffisant dans un « État Écologique ».
Beaucoup reste à faire et pour cela il faut et une volonté politique mais également une mobilisation de la société civile non seulement à travers des mouvements d’opinion mais également à travers des actions concrètes et je salue les initiatives de volontaires qui initient et participent à ces actions.
Il y a plus de 10 ans, une journaliste Monténégrine de « Glas Prjestonica » avait proposé la création d’une « Police verte » à l’image de la police montée canadienne, avec de beaux uniformes sur des chevaux (mais aussi motorisée par moment) qui serait chargée de protéger les parcs et sites naturelles (d’arrêter par exemple les criminels qui pillent les pierres des parapets qui protègent le Serpentino). Ils pourraient également participer aux campagnes d’éducation et de sensibilisation sur l’environnement. Je pense que c’était une excellente idée qui serait en mesure d’affirmer, aux yeux de tous, la volonté de construire un État Écologique.
L’année 2015 sera une année clef pour la transition écologique. Le dernier rapport inquiétant du G.I.E.C. et la préparation du sommet de Paris sur le changement climatique mettra l’écologie au premier plan des préoccupations de la planète. Le Monténégro et ses citoyens devront participer à cette prise de conscience et à la mobilisation mondiale qui se prépare.
Donc restons informés, soutenons nos institutions et les associations engagées dans la protection de l’environnement, participons à leurs actions, agissons personnellement autant que nous le pouvons pour diminuer notre impact négatif sur l’environnement (économies d’énergie et d’eau, recyclage de nos déchets, équilibre de notre alimentation).

POBJEDA: En tant qu’architecte, comment voyez-vous l’urbanisation du Monténégro? Pensez-vous que les nouveaux bâtiments ont ruiné l’authenticité de notre pays?
PRINCE NICOLAS: Il y a quelques années, j’avais lu un très beau livre qui s’appelait « Architecture sans Architecte » et qui parlait des architectures traditionnelles et spontanées dans différentes parties du monde, architectures le plus souvent inspirées par la nature et en harmonie avec leur environnement. Aujourd’hui nous pourrions faire un livre sur l’Urbanisme sans Urbaniste mais dans ce cas cela serait plutôt un livre noir. Malheureusement le Monténégro n’a pas résisté à cette frénésie de construction et chacun a fait son petit ou grand bâtiment en fonction de ses intérêts propres et sans s’occuper de ce qui se passe autour de lui.
Heureusement que nos paysages ont une telle force et une telle présence qu’il est difficile de les concurrencer. Malgré cela, ces dernières années nous avons fortement contribué à les banaliser.
En ce qui concerne l’authenticité du Monténégro, elle réside principalement dans l’arrière pays, qui garde encore son originalité. Et justement c’est ce que nous pouvons et devons encore protéger si l’on veut que le Monténégro garde son caractère ainsi que son identité et ne devienne pas un simple produit d’appel touristique.

POBJEDA: Comment présenteriez-vous le Monténégro en une phrase à un étranger? Comment vous l’animeriez à le visiter?
PRINCE NICOLAS: « Le Monténégro c’est un roman d’amour entre l’histoire et la Géographie »
Un Pays plein de contrastes à découvrir, à pied, à cheval, en bateau, à vélo, en parapente, en radeau, à la nage.
Un Pays fantasque à rêver au bord d’un lac, au sommet d’une montagne, au pied d’une tombe, dans un café le soir sur le corso.
Un Pays ou l’on peut se transformer successivement en héros de ses résistances, en oligarque repus dans ses palaces, en Hermite dans ses monastères, en poètes dans ses musées et en amoureux transis une bonne dizaine de fois par jour.
Donc pourquoi aller mourir d’ennuie ailleurs ?

POBJEDA: Avez-vous votre liste à vous des lieux préférés au Monténégro?
PRINCE NICOLAS: Je ne fais pas ce genre de liste, car le plus souvent les lieux sont associés à des personnes, à des événements et puis il y a tant de lieux que je ne connais pas encore au Monténégro et que je suis impatient de découvrir. Tout ce que je peux vous dire c’est que je prend un plaisir infinie à aller d’un lieu à l’autre à pied ou sur ma Moto et si j’étais photographe je ferais un livre de photo du Lovcen de partout où on peut l’apercevoir, par tous les temps et à toutes les heures du jour et de la nuit.

POBJEDA: Le site destiné à construire la résidence Zeleni dvor vous a été accordé. Comment avez-vous réagi au moment d’ apprendre cette décision? Et votre famille? Pouvez-vous révéler aux lecteurs de Pobjeda comment le bâtiment est conçu, c’est vous qui avez fait le projet? Est-ce que le préfixe «vert» veut dire que la maison sera écologiquement durable? (Matériaux de construction, l’énergie…) Quand est-ce que vous penser commencer et terminer les travaux? Pourquoi avez-vous voulu et choisi le terrain à Bajice?
PRINCE NICOLAS: Je souhaite répondre à vos 4 premières questions qui touchent la future résidence de notre famille d’une manière globale :
La décision du gouvernement a enfin confirmé le transfert de propriété des terres prévues pour la construction de la résidence de la dynastie monténégrine à Bajice .
Cette décision intervient plus de trois ans après le vote de la loi sur le statut de la Dynastie monténégrine, loi qui prévoit la construction d’une résidence pour moi et ma famille.
Cette décision est la base nécessaire à un processus qui peut durer plusieurs années encore (deux ans sont prévues par la loi à partir de la révision du projet principal qui n’est pas encore réalisé et sur lequel je n’ai aucune influence)
Bien que j’aie été très enthousiaste par la définition et la préparation de mes propres plans pour une demeure écologique (d’où le nom le palais vert) aujourd’hui je m’interroge sur l’opportunité d’une solution différente.
Je m’interroge, en effet, s’il ne serait plus opportun pour le Monténégro de rénover un patrimoine architectural existant, à la place de la construction d’une nouvelle résidence.
Ces trois dernières années m’ont permis de mieux connaître le patrimoine architectural de Bajice et ses environs, dont une magnifique ruine qui jouxte le terrain qui m’a été accordé et qui représente une valeur historique pour le Monténégro.
En effet cette ruine, ancienne demeure d’un héros monténégrin, est sans doute un des plus beaux édifices et des plus présents dans le paysage de Bajice. C’est aujourd’hui une ruine qui sans toit est en train de se dégrader chaque année un peu plus. Pour tous les habitants de Bajice cela représente une présence négative dans leur environnement au lieu de participer à la valorisation de ce site et de son histoire.
D’autre par, la vieille maison du Roi Nikola à Njegusi a été mal restaurée et est inhabitable. Elle nécessiterait également une rénovation digne de ce nom.
Il me semble que la reconstruction de la ruine Martinovic à Bajice et la rénovation de la maison du Roi Nikola à Njegusi, permettraient de préserver un patrimoine historique en danger, et seraient pour moi et ma famille une solution satisfaisante à la foi plus rapide et qui participerait à mes efforts de préservation « de nos vielles pierres monténégrines ».
J’ai demandé récemment au Premier Ministre, Milo Djukanovic, un entretien au sujet de cette résidence de la famille et j’espère que nous trouverons rapidement ensemble la solution la plus adaptée aux conditions et priorités pour le pays.

POBJEDA: C’est la fin de l’année, la Fondation, probablement, fait son bilan. Etes-vous content avec les résultats?
PRINCE NICOLAS: Vous savez c’est difficile d’évaluer soi même les résultats de son travail et je serais content si nos partenaires et les bénéficiaires de nos actions le sont et si elles ont pu les aider. En tous cas à titre personnel je suis content d’avoir pu grâce à cela être plus présent au Monténégro et chaque année de mieux le connaître et de mieux l’aimer. Là où je suis moins content, c’est que nous n’avons pas été suffisamment présents dans le nord du Pays. L’année 2015, je souhaite que nous puissions mener des projets avec des partenaires dans cette partie de notre qui est confrontée à de graves difficultés.

POBJEDA: Quels sont les plans de la Fondation pour l’année 2015 (notamment dans le domaine de l’écologie)?
PRINCE NICOLAS: Comme les autres années nous essayerons d’équilibrer nos actions entre les 3 domaines que la Fondation s’est donnés comme objet : Solidarité – Ecodéveloppement – Culture.
Dans ces 3 domaines, nous avons plusieurs projets. Certains sont la continuation des projets de l’année dernière, d’autres sont de nouveaux projets.
Dans le domaine de la solidarité nous avons plusieurs projets en cours comme le partenariat avec la clinique Codra, l’hôpital de Niksic et de Dobrota. Nous allons continuer également à soutenir le Centre pour le droit des femmes. Nous venons de démarrer un partenariat avec un centre français spécialisé dans l’accompagnement des personnes handicapées. Et nous espérons programmer rapidement des projets avec des partenaires dans le nord du pays.
Nous allons installer dans le Monténégro 6 ou 7 jeux d’enfants offerts par la société Mega-sound.
L’été prochain nous développerons les échanges que nous avons initiés avec la ville de Kraljevo à l’occasion des vacances des enfants que nous avons organisées après les inondations. L’année prochaine des enfants de Cetinje iront à Kraljevo et nous espérons que les deux villes pourront ainsi développer des échanges dans d’autres domaines.
Nous allons également développer avec la Télévision Atlas le programme « Solidarité oblige » : Chaque année nous programmons de faire une campagne d’aide à une famille en difficulté afin de lui apporter les moyens d’améliorer ses conditions de vie et d’autonomie.
Dans le domaine de l’écologie, nous poursuivons le projet de restauration des terrasses d’oliviers sur le massif de Vrmac. Nous allons développer le partenariat avec la Fondation du Prince Albert de Monaco et l’Institut de Biologie Marine de Kotor. Nous allons également soutenir les activités du Club d’Horticulture de Bajice qui vient de se créer. Nous allons également participer à la création d’un nouveau Club à Niksic. L’idée de ces clubs d’horticulture est d’une part de promouvoir la Permaculture (agriculture écologique), de promouvoir l’autonomie alimentaire, de préserver les terres arables et de développer du lien sociale autour de l’horticulture. La Fondation a reçu fin 2014 des terrains en donation à Cetinje et nous comptons y faire , pour partie, des jardins familiaux pour permettre à des familles de produire une partie de leur nourriture. Le développement des jardins est un bon moyen de préserver les bonnes terres, d’embellir les zones urbaines et de permettre une alimentation saine et autonome. Des jardins pour allier le social et l’écologie.
Dans le domaine culturel nous avons là aussi plusieurs projets qu’il serait trop long de développer. La deuxième édition du Prix Nikola Tesla sera organisé en 2015 à Belgrade, en 2016 à Zagreb puis à New York avant de revenir au Monténégro. Le partenariat avec l’École de Chaillot du patrimoine autour de la réhabilitation de la citadelle d’Ulcinj. Nous continuerons également à soutenir plusieurs projets dans le domaine de la Francophonie et à organiser des animations au sein de la Fondation à Krusevac (symposium, tables rondes, concerts expositions).